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Juliette Duquesne : "Le problème de l'eau peut autant nous diviser que nous unir"

06h00 - 03 avril 2024 - par Recueillis par Guillaume BONNAURE
Juliette Duquesne :
Juliette Duquesne a interrogé entre 80 et 100 personnes pour son enquête sur l'eau.

Journaliste indépendante spécialisée sur les questions économiques et environnementales, Juliette Duquesne a enquêté sur le problème de l'eau. Elle donne une conférence à Cébazat le samedi 6 avril.

Vous enquêtez sur le problème de l'eau depuis 2018 mais aujourd'hui cela « explose » au visage du grand public ?

Le carnet d'alerte sur l'eau est sorti en 2018 et il était presque en avance car on traitait déjà la problématique des bassines. On parle de plus en plus de l'eau car le changement climatique est révélateur d'une mauvaise gestion. Il perturbe le cycle de l'eau, le débit des rivières devrait diminuer de 10 à 40 % mais on oublie que même s'il n'y avait pas ce changement climatique on aurait un problème d'eau car on a beaucoup trop augmenté nos prélèvements en eau au XXe siècle. Les deux thématiques s'entremêlent. Dans nos pays occidentaux on n'a pas l'habitude d'avoir des problèmes avec l'eau. Il y a aussi la pollution de l'eau et l'état des lieux est catastrophique. Nous sommes faits d'eau et on retrouve des pesticides dans la quasi-totalité des cours d'eau et des nappes phréatiques, et jusque dans la graisse des baleines. Ou des nitrates avec le problème des algues vertes. Le fait qu'il y ait moins d'eau à certains endroits concentre la pollution et donc on ferme aussi les captages d'eau. Le fait d'avoir une eau polluée va créer des conflits.

Il faut s'adapter ?

Derrière le mot adaptation au changement climatique il faut faire attention à ne pas essayer de trouver des solutions marchandes pour trouver de l'eau. Sur tous les sujets liés à l'écologie il faut accepter à un moment de moins consommer d'eau. Donc on cherche des fausses bonnes solutions comme dessaler l'eau de mer car cela consomme de l'énergie et produit beaucoup de sel. L'eau est en train de diviser. Mais l'eau peut être un formidable élément pour nous réunir. Elle est ancrée sur nos territoires, avec une gestion locale et elle associe les acteurs du territoire. C'est un moyen de revisiter notre démocratie au niveau local. Cela peut autant nous diviser que nous unir.

Le Puy-de-Dôme a une grande plaine céréalière mais aussi des eaux minérales qui font débat par leurs captages d'eau...

Il y a aussi des projets de bassines. En France nous avons augmenté les surfaces irriguées (6 % en France, 5 % dans le département), pour cultiver des céréales et entre les années 70 et 2000 les surfaces irriguées ont triplé en France. Au final c'est surtout pour nourrir des élevages industriels. Vouloir créer ces bassines, prendre de l'eau dans les rivières ou les nappes phréatiques, pour irriguer l'été, ce n'est pas une bonne solution. Aujourd'hui il y a des projets de bassines partout en France. Personne n'a dit qu'il ne fallait pas irriguer. 14 % des terres sont irriguées dans le monde et cela produit 44 % de la production mondiale. Il faut irriguer mais pourquoi ? Pour faire quelle nourriture ? Si c'est irriguer pour produire des céréales en masse afin d'être exportées ou pour nourrir des élevages industriels cela n'a pas de sens.

L'agriculture tient-elle une place centrale dans ce sujet ?

Quand j'ai enquêté je savais que l'agriculture allait être centrale mais pas à ce point. On se rend compte que l'agriculture et l'alimentation sont des sujets centraux partout car on mange de la nourriture qui ne vient pas seulement de l'endroit où l'on vit. L'eau est consommée à 58 % par l'agriculture dont 70 % l'été. Et elle pollue massivement l'eau en précisant qu'il ne s'agit pas d'accuser les agriculteurs mais de remettre en cause un modèle. Au contraire, il faudrait remettre le paysan au cœur de nos sociétés. Toutes les mesures actuelles prises sont complètement à l'opposer de ce changement qui pourrait être fait pour préserver l'eau. Avec les bassines on essaie de contourner le système sans en changer le fondement. La PAC concerne les grands exploitants qui irriguent le plus mais si on veut changer profondément de système agricole, il faut reformer toute la chaîne alimentaire pour que l'agriculteur puisse vivre de sa production.

Conférence gratuite ouverte au public dans le cadre du Festival Nature L'Happy Grièche de la LPO, à Cébazat au Domaine de la Prade, le 6 avril à 11 heures. Inscription sur www.maif-evenements.fr « L'eau que nous sommes, un élément vital en péril » de Juliette Duquesne avec Pierre Rabhi aux Presses du Châtelet.

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