Philippe Manœuvre : "il y a un peu de danger sinon ce n'est pas un spectacle rock"
Le mardi 10 mars au Sémaphore de Cébazat, avec Yarol Poupaud à la guitare, « Philman », véritable encyclopédie du rock 'n' roll, racontera ses plus beaux souvenirs dans son spectacle « Un Enfant du rock raconte ».
Quels sont les premiers retours du public ?
On est à bloc, on espère que l'on fait le boulot et les spectateurs ont l'air très contents. Je commençais cette aventure avec la plus grande modestie et si le public n'avait pas apprécié, j'aurais compris. Mais là c'est incroyable ce qui se passe, les gens apprécient les anecdotes, hurlent de rire parfois.
Comment est né ce projet ?
Avec Yarol Poupaud à mes côtés, guitariste de Johnny Hallyday et son chef d'orchestre pendant les 10 dernières années, on a essayé d'inventer le théâtre rock, avec texte et guitare électrique, ce qui n'a jamais été fait. On a beaucoup travaillé avec un grand metteur en scène : Jérémie Lippmann. Il fait à la fois des spectacles rock avec FFF ou Matthieu Chedid mais aussi le Bourgeois gentilhomme avec Jean-Paul Rouve. Il voulait faire un vrai spectacle rock, avec beaucoup de libertés. Je voulais beaucoup d'improvisation, que chaque spectacle soit différent, qu'il y ait un peu de danger sinon ce n'est pas un spectacle rock. On fait en sorte de descendre dans le public, de faire participer les gens. C'est une vraie petite aventure, on est surpris, c'est plein partout et l'accueil est sensationnel.
Comment avez-vous sélectionné toutes ces histoires ?
Trois soirs de suite, dans la maison de campagne de Yarol où il a son studio, je leur ai raconté mes histoires et mes anecdotes. Ce sont Yarol et Jérémie Lippmann qui ont choisi les plus drôles. J'ai essayé de trouver un rythme, une classification, des enchaînements. C'est très bien perçu, c'est comme si je faisais des chansons. Il y a les Beatles, les Who, les Stones… On essaye d'être fédérateur car j'ai eu la chance de connaître tous les groupes Punk comme les Clash, les Sex pistols et compagnie. Après j'ai présenté les Enfants du rock et je me suis trouvé en face de Madonna, de Michael Jackson ou Prince. Déjà quand on a évoqué tout ça on se dit « ouah » c'est pas mal (rires). Cela fait une sacrée soirée comme dirait l'autre. Il y a les interventions « guitaristiques » de Yarol, parfois il joue tout le morceau, il fait une vingtaine de morceaux pendant 1 h 45 de spectacle.
Nous n'avions pas l'habitude de vous voir sur scène…
Je remettais mon titre en jeu, je risquais tout. Je suis retraité, je fais une émission de radio avec mes copains de Rolling Stone France, qui passe sur toutes les plateformes et je sors un nouveau livre le 1er avril, une compilation de textes rock que j'ai écrit au fil des années avec ce qui est sans doute le premier article sur le Heavy metal jamais écrit en France. Cela me fait plaisir cette activité car il n'y a pas grand-chose qui se passe au niveau rock. C'est un mort tous les quatre jours, comme Bob Weir, le guitariste des Grateful Dead, cela ne nous met pas le moral. Il faut comprendre que les gens qui écoutent du rock ils ne vont pas écouter autre chose. C'est pas à 57 ans qu'ils vont se dire : « ouais je vais écouter Booba, cela m'a l'air formidable ! » Non je crois pas mais je dis ça sans offense. Ils ont bien aimé Run-DMC, les Beastie Boys et Public Enemy mais ils n'ont pas suivi au-delà. Ils restent sur le rock à guitare et cela tombe bien c'est mon domaine de prédilection. J'ai donc fait un spectacle chaleureux pour raconter les coulisses de ce métier d'animateur rock qui a été le mien.
Les gens aiment beaucoup votre gouaille légendaire…
Je suis rentré dans la vie des gens en 1974 pour les lecteurs de Rock & Folk, en 1982 pour la télévision et les Enfants du rock ou Sex Machine, c'était colossal. On s'est trouvé catapulté dans le cœur des familles françaises, on était un peu les cousins de la télé. On a continué, je suis redevenu rédacteur en chef de Rock & Folk, j'ai fait de la télévision à Canal Jimmy, après j'ai fait trois saisons de la Nouvelle star, donc de nouvelles générations m'ont découvert. Mais j'ai toujours travaillé pour la musique, c'est ça ma fierté. Et je continue. Les gens après le spectacle ils disent : « ah c'est génial, vous m'avez donné envie de rentrer chez moi et de réécouter mon vinyle de Lou Reed Rock'n'roll animal ! » Mais c'est super, je suis très content, je fais mon métier !
C'est quoi être un Enfant du rock aujourd'hui ? Il y a toujours ce débat : le rock est-il mort ou pas ?
Le rock il ne peut pas avoir de cancer de la prostate ou du poumon car c'est une forme musicale, ce n'est pas un être humain de chair et de sens. Pendant que l'on parle, il y a encore des groupes de Polka aux États-Unis. Aucune forme musicale ne disparaît tant que les gens la pratiquent. En ce moment en France ce sont les groupes tribute qui dominent… Il y a au moins 5 tribute AC/DC, certains très vieux comme AC/DÇU, il y a 22 tribute Pink Floyd en France recensés… On en est là mais à un moment il va falloir que certains écrivent et fassent leur musique. Il y a des jeunes groupes qui arrivent d'Angleterre, d'Australie, Jack White en a signé un… Cela me fait plaisir chaque fois que j'entends de nouveaux groupes comme les Molotovs, qui veulent s'inscrire dans la tradition rock, faire du rock et c'est top. J'aime aussi Last Train, Cachemire, Nina Attal, guitariste géniale de blues qui a monté son tribute à Jimi Hendrix avec que des filles. Je pensais que cela allait exploser, faire des zéniths mais on est restés sur des petites salles. C'est symbolique mais on en est là. Ce serait bien qu'il y ait un renouveau avec des jeunes groupes. Il y en a mais c'est pas facile pour eux. Le rock en France est toujours pompé par des articles de variété. Ils ont un cœur de rockeur mais cela ne fait pas du rock à l'arrivée.
Pour finir, quel a été votre premier disque acheté et votre dernier concert ?
Baby Comme back de The Equals, en 1968, j'avais 14 ans. Le dernier ? Une réédition du Bob Weir solo que j'avais laissé passer alors qu'il y a des morceaux formidables. Le dernier concert, je ne sais plus… Là c'est moi qui fais des concerts en France et on adore ça avec Yarol ! Mais cet été j'ai vu les "vieux" comme AC/DC au Stade de France et Lynyrd Skynyrd ou John Fogerty (Creedence Clearwater Revival). Ce fut un été paradisiaque ! En plus, j'ai vu les Sex Pistols, The Stranglers et Iggy Pop à Retro C trop à 40 kms de chez moi. C'était un grand moment !
À 20 h 30. semaphore-cebazat.fr et 04 73 87 43 41



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