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Le « Quiet quitting » ou la démission silencieuse : une traduction malheureuse

11h05 - 25 novembre 2022
Le « Quiet quitting » ou la démission silencieuse : une traduction malheureuse
23% des salariés de moins de 30 ans évoquent une mauvaise santé mentale contre 16% pour l'ensemble des salariés.

Le « Quiet quitting » est un renoncement à la culture de la performance au travail et à la sur-connexion. Il ne s'agit pas de quitter son travail mais bien de faire en sorte de ne faire que ce pourquoi on est rémunéré.

Le « quiet quitting » : encore un terme issu du vocabulaire anglo-saxon après tous les autres : burn-out, bore out et autre brown out... Beaucoup de termes anglicistes qui montre la prépondérance de la culture économique anglo-saxonne en France. Une colonisation à l'œuvre depuis les années 70 renforcée encore aujourd'hui par l'apparition galopante des « soft skills » alors qu'il serait si facile de parler de compétences humaines ou comportementales !

traduction qui interroge...

Dans cet article, nous allons utiliser l'expression pour désigner ce mouvement en le traduisant - faute de mieux - par les termes de « démission silencieuse » qui consiste à s'investir dans une entreprise en respectant à la lettre sa fiche de poste et ses horaires. Derrière cette formule, se cache aussi le refus d'accepter des sollicitations après ses heures de travail et de mettre un point d'honneur au respect du droit à la déconnexion en se fondant sur le respect du Code du travail.

En réalité, il s'agit d'un renoncement à la culture de la performance au travail, de faire des heures sans compter et de travaille « toujours plus ». Le terme de « démission » est donc trompeur car il ne s'agit pas, ici, de quitter son travail mais bien de faire en sorte de ne faire que ce pourquoi on est rémunéré. C'est pourquoi beaucoup disent ou écrivent que faire son travail et respecter les termes de son contrat, ce n'est pas une démission !

Les raisons

Il s'agit alors de rechercher les causes qui apparaissent évidemment multifactorielles :

Tout d'abord un certain désenchantement des salariés vis-à-vis des promesses non tenues de l'entreprise, en termes d'émancipation dans sa façon de faire, de reconnaissance salariale ou narcissique et de bien-être comme le disent des psychologues du travail.

Selon une étude réalisée par Malakoff Humanis en juillet dernier, 23 % des salariés de moins de 30 ans évoquent une mauvaise santé mentale contre 16 % pour l'ensemble des salariés. La jeunesse française serait donc plus sensible à la démission silencieuse...

Nous voulons y voir tout à la fois, une éducation des enfants où la notion d'effort s'est dégradée mais aussi celle d'un entourage affectueux devenu plus pointilliste, une pandémie contemporaine qui a joué un rôle non négligeable avec le développement du télé-travail.

Dès lors, ce travail à la maison entraînant la découverte, pour certains, d'une forme de cocooning - pardon de confort douillet ! - où les transports ne sont plus à prendre, l'habillement n'est plus recherché car il arrive pour des cadres ou des employés de rester en survêtements ou en pyjamas toute la journée... Il existe donc des causes exogènes mais d'autres sont propres au travail et à la trajectoire qu'a pu connaître le salarié.

Plusieurs causes inaugurent cette conception du travail :

1. La déception due à une absence de promotion.

2. Des problèmes de santé qui obligent le sujet à réinterroger ses investissements et à considérer que le travail n'est plus forcément sa priorité.

3. Des accidents de vie tels un divorce ou des enfants en difficulté et qui entraînent une reconsidération des trajectoires.

4. Le manque de reconnaissance du travail effectué.

5. La disparition de la culture d'entreprise.

6. Un management dont l'aspect humain est devenu absent.

Chacun des points évoqués comprend sa propre résolution si on souhaite échapper à cette forme d'attitudes mais il faut rappeler que depuis l'invention du taylorisme, la question de l'effet Pygmalion est au cœur de la sociologie du travail.

Redonner du sens, ré-imaginer le travail et redéfinir les tâches nous semblent bien être les missions de tous les encadrants... Sommes-nous vraiment rentrés dans un monde nouveau dans lequel la recherche du bon équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle prime dans les choix des salariés ?

Par Marc Ferrero Psychologue clinicien

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