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Frédérique Penault-Llorca

08h12 - 19 octobre 2021
Frédérique Penault-Llorca
Frédérique Penault-Llorca fait partie des 40 femmes qui ont marqué l'année selon Forbes France.

Née à Chamalières, Frédérique Penault-Llorca a grandi dans le Cantal. Elle est Directrice générale de Jean-Perrin, le centre de lutte contre le cancer de Clermont-Ferrand et vice-présidente d'Unicancer.

Vous faites partie des 40 femmes qui ont marqué l'année selon le classement établi par Forbes France. Comment avez-vous pris cela ?

Je ne suis pas quelqu'un qui recherche forcément les honneurs, je fais mon travail. Je me suis dit pourquoi, qu'est-ce que j'ai fait (sourires) ? Dans ce classement, il y a vraiment des femmes venant d'horizons divers, des sportives, des actrices, des philosophes ou des patronnes du CAC 40. C'est une reconnaissance pour mon hôpital car tout seul on n'est rien, pour mon équipe de recherche, pour l'Université dans laquelle je travaille et le groupe au sein duquel j'opère en tant que vice-présidente, le groupe Unicancer. C'est une fierté pour tout le monde ici à Jean Perrin, j'ai reçu plein de messages en France et dans le monde entier. Je fais beaucoup la promotion de la carrière des femmes, j'essaye d'aider les jeunes femmes à penser qu'elles sont capables de faire carrière ce qui n'est pas toujours évident. Je trouve que ce classement a cette vertu-là de montrer que c'est possible. Je suis la seule femme Directrice d'un centre de lutte contre le cancer sur les 18 existants en France. J'aimerais bien qu'il y ait plus de femmes qui se présentent. Les femmes ont trop tendance à remettre leur légitimité en question. Cela peut susciter des vocations.

Cette mise en lumière est arrivée avant deux mois importants pour la lutte contre le cancer, octobre et novembre...

Pour nous c'est tous les jours mais il y a des moments symboliques. Il y a « Octobre rose » et « Movember » puis « Mars rose » ou « Le mois sans tabac ». On travaille aussi sur le mois de septembre et sur les cancers gynécologiques : on en traite beaucoup aussi donc on sensibilise. Il y a des thématiques comme les « aidants » car en cancérologie on a besoin de la famille. Nous traitons beaucoup de cancers du sein et presque une femme sur trois se retrouve seule, les conjoints baissent les bras. Les femmes restent en majorité quand leur conjoint est malade, un homme ne reste pas toujours. Ce sont des femmes qui se retrouvent économiquement dans une situation difficile même économiquement avec des difficultés à trouver un emploi ou à travailler un temps plein. Le cancer du sein se soigne très bien. Il y a des épreuves, des moments difficiles mais il faut aussi que l'on parle pour ne pas avoir peur. L'objectif de ma prise de poste était de rajouter cette partie prise en charge globale, le soin de support, beaucoup mieux résumé par le mot anglais qui est le « care » (prendre soin), avec une approche globale de la personne.

Les associations sont une aide précieuse dans cette lutte ?

Nous avons besoin énormément des associations, cela nous permet de financer plein de choses. Les gens peuvent cibler leurs dons, les projets de recherche ou le financement des équipements. Mais aussi des projets tournés vers les patients comme humaniser les salles d'attente, poser des casques de réalité virtuelle ou développer l'hypnose pour apaiser les patients. On apporte la culture aussi au quotidien ou du bien-être aux femmes atteintes de cancer du sein. Tout ça n'est pas financé. C'est fort de voir ces élans de solidarité.

Vous parliez du mois sans tabac mais on a l'impression que les jeunes, et les femmes en particulier, fument de plus en plus ?

Oui, il y a une recrudescence des addictions c'est certain. L'alcool aussi. Il n'y a pas eu le baby-boom attendu pendant le confinement, au contraire, les gens ont plutôt pris du poids, consommé de l'alcool et fumé.

La crise a-t-elle retardé le dépistage de certains cancers ?

C'est notre souci et malheureusement, nous allons commencer à en subir l'impact d'ici un an ou deux. Nous avons eu un retard de prise en charge de certains cancers, c'est certain. Les centres de dépistage ont été fermés et les gens ne sont allés avoir leur médecin qu'en cas d'extrême nécessité car les hôpitaux sont pleins. Les gens ont attendu. Pendant le confinement il y a eu moins d'infarctus, moins d'AVC, moins de cancers... Ce n'est pas possible ! Pour les AVC, les gens ont eu des symptômes non détectés ou détectés plus tard. Dans le même temps, la recherche sur les vaccins contre le Covid a permis des avancées sur la lutte contre les cancers.

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