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Dub Inc : "Ce qui nous nourrit, c'est de voir que 30 ans après, on est encore là à s'éclater sur scène"

15h33 - 20 octobre 2026 - par Info Clermont Métropole
Dub Inc :
Le groupe le plus emblématique du reggae made in France sera au Zénith d'Auvergne le 20 novembre.  - © TOINE. toinebehind.com

Le vendredi 20 novembre, Dub Inc, groupe le plus emblématique du reggae made in France sera au Zénith d'Auvergne. Le groupe y présentera notamment son nouvel album "ATLAS". Entretien avec Zigo, le batteur du groupe. 

Vous venez au Zénith d'Auvergne avant une double date à Saint-Étienne. Comment se passe cette tournée avec des dates à l'étranger et un nouvel album à mettre en avant ?

Ce qui est dingue, c'est que cela ne s'arrête jamais. À chaque nouvel album, nous sommes surpris car normalement au bout d'un moment les gens se lassent de nous. Mais non, cela continue à monter tout doucement. Nous faisons de meilleures affluences que sur les tournées précédentes. On pensait que cela allait se calmer mais non. On kiffe, on prend vachement de plaisir sur scène et en plus, nous avons eu de bons retours sur ce nouvel album "ATLAS" que l'on a ouvert un peu musicalement à d'autres influences.

Il paraît que vous avez aussi un super studio ?

Oui, cela fait partie du fait qu'en tant que groupe on ne s'ennuie pas depuis 30 ans car on se fixe de nouveaux défis. Tu parlais du fait de jouer à l'étranger et pour nous ce sont des défis de jouer à Varsovie par exemple. Pour un groupe qui chante en Français, aller jouer dans un club à Varsovie, c'est un défi. Même si cela fait plus de 15 ans que l'on va en Pologne régulièrement. Tu sors de ta zone de confort. Quand tu joues dans une SMAC (Scène de musiques actuelles N.D.L.R.) ou une salle française, c'est une zone de confort. Acheter un nouveau studio alors que tout allait très bien, c'est s'offrir un nouvel outil, d'autres perspectives et une autre façon de penser à notre avenir aussi en tant que musiciens. Cela nous a ouvert des portes. Quand nous nous sommes mis à créer dans ce studio, nous avons eu envie de créer les choses différemment. Ce qui fait que l'album montre encore une petite évolution dans notre musique. Pas une révolution mais une évolution quand même.

Ce succès est dû à la qualité de votre musique et vos prestations live mais à quoi d'autre encore ? Vous l'êtes l'étendard de la scène reggae en France ?

Cette réflexion je l'ai depuis très peu de temps. J'ai l'impression que nous ne sommes pas juste l'étendard du reggae mais aussi de la musique alternative avec des musiciens. Si on regarde le paysage musical actuel en radio, télé ou festivals, tout est beaucoup programmé. On est une espèce en voie d'extinction nous les musiciens et le public a besoin de voir des spectacles réalistes. On est un groupe à la Manu Chao, il n'y a pas d'effets spéciaux à outrance, pas d'écran géant... On arrive, comme dans les années 90, en jean, sans déguisements ni d'artifice pour jouer de la musique. Il y a un côté rock'n'roll.

Souvent on nous demande l'état du reggae en France et dans le monde. Et finalement, je me rends compte que la situation du reggae c'est l'état du rock, du Hard rock, et d'autres musiques qui ne disparaissent pas mais ces 20 dernières années, les jeunes sont plutôt allés vers les ordinateurs que vers les instruments de musique. Et le public a besoin de voir des gens s'éclater sur scène. Les feux d'artifice c'est bien mais tu as besoin de voir des gens kiffer sur scène, pas juste un DJ et des feux d'artifice. C'est comme aller dans la nature et regarder un documentaire... Nous faisons partie de ce mouvement-là, et ce n'est pas qu'une histoire de reggae. Notre tournée se remplit aussi car il y a cruellement un manque de proposition de ce genre de spectacle. Le rap, dans le sens très large du terme a vraiment trusté le monde du spectacle et ce n'est pas une critique car nous-mêmes sommes spectateurs de cette scène-là, mais cela crée un manque sur un public et nous, on en profite.

L'amour du public est là avec deux Zéniths remplis très rapidement à Saint-Étienne...

C'est particulier car c'est au niveau régional. On a l'impression d'être dans le "Chaudron" quand on joue à Sainté. Depuis nos débuts, on nous "emmerde" avec Bernard Lavilliers (rires), que l'on respecte à fond. Mais si vous faites un micro-trottoir à Saint-Étienne, effectivement, nous sommes devenus les Bernard Lavilliers des années 2000. Nous, on habite Saint-Étienne alors que lui, il est parti depuis longtemps !

Ou les Mickey 3D du reggae ?

Mais oui, quand on a commencé, Mickey 3D explosait. Pour nous, cela a été progressif ce qui fait aussi l'implication des gens et leur fidélisation. Car nous n'avons pas été imposés par les médias. C'est le public qui s'est approprié notre musique et notre image. Quand on joue sur scène, on joue vraiment notre vie, ce n'est pas un énième show, que ce soit dans un bar à Varsovie ou au Zénith de Sainté. À chaque fois, on veut que ce soit notre meilleur show.

Vous vous exportez bien avec un Olympia complet aussi ?

D'habitude on faisait le Zénith de Paris qui est trois fois plus grand mais pour le prestige c'est chouette de faire l'Olympia. Mais encore une fois, à Paris, je préfère de loin La Maroquinerie qui doit faire 300 places. Avec les années, une fois que tu as fait des zéniths, tu ne t'en lasses pas mais tu reviens à d'autres choses plus simples, comme les petites salles.

En tant que batteur, qu'est-ce qui change dans cet album ?

Déjà, dans ce studio, il y a plusieurs cabines. D'habitude, chacun bosse sur son ordinateur, on amène des idées, les chanteurs travaillent dessus et puis on travaille tous ensemble. Là, comme chacun bossait dans sa cabine, les autres musiciens venaient me chercher plus tôt dans le processus pour enregistrer des maquettes à la batterie directement, pas des programmations. Cela me permettait de m'impliquer dans le processus créatif. Puis tous, nous avions envie d'aller chercher rythmes et des sonorités plus ouvertes que d'habitude. Même si finalement, notre musique est tellement travaillée et au fil des années je suis allé vers une simplification de mon jeu pour laisser plus d'air aux autres. Je trouve que l'on a fait preuve de beaucoup de maturité musicale sur cet album.

"ATLAS" c'est le monde que l'on partage avec cet album ?

Ce titre est super et musicalement, il a l'ouverture que l'on aime avec une sonorité nord africaine, qui fait aussi partie de notre identité musicale. Pour nous qui avons grandi sans smartphone, l'atlas, c'était un livre où il y avait des cartes. Quand on voyageait, nous avions ça. Cela représente le voyage tel qu'on le concevait quand nous avions 18 piges. Cela représente aussi le personnage qui porte le poids du monde sur ses épaules et dans les temps que l'on traverse, c'était un peu dans nos textes. Nous voulions faire un album positif et finalement nous avons ressenti le poids du monde dans notre poésie et dans nos paroles et on n'arrivait pas à avoir la légèreté que nous voulions. On voulait faire un texte, un album avec des titres positifs... et finalement, la Palestine, les tensions sociales... tout nous tombait dessus et on a essayé de faire un album plus cool. Le poids du monde sur nos épaules, cela allait bien avec le titre de l'album.

"Tous les soirs nous avons 6 000 ou 7 000 personnes qui sourient devant nous, qui font la fête ensemble et s'amusent."

C'est une période compliquée et 2027 arrive... Qu'est-ce qui vous nourrit en ce moment ?

Non, on ne va pas dire ça comme ça. Au contraire, ce qui nous nourrit, c'est de nous amuser, de voir que 30 ans après on est encore là à dire les mêmes conneries et à s'éclater sur scène. Par contre, on estime avoir un rôle de passeurs d'idées quelque part. On rencontre des personnes toute l'année, on se dit que l'on a un micro et que l'on a la possibilité de parler donc autant essayer de dire des choses intéressantes, sociales et responsables. On sait bien que notre musique ne changera pas le monde mais elle participe à motiver d'autres personnes. On ne se nourrit pas de ces sujets mais on se sent obligés d'en parler.

Sur une des chansons, "Décibels" vous rendez un hommage à votre public qui vous suit depuis des années ?

Il y a deux ans, nous avions dû annuler un concert pour cause de santé et nous nous sommes rendu compte à quel point notre ADN était sur scène à partager des choses avec les gens qui nous soutiennent. Car on a un public fidèle et ce n'est pas anodin pour nous. Cela nous fait vibrer. Parfois quand tu commences, tu attends beaucoup de reconnaissance des médias, il y avait eu un documentaire là-dessus d'ailleurs, et tu mets du temps à te décomplexer de ça. Puis vers les années 2000, notre état d'esprit a complètement changé et nous nous sommes focalisés sur tout ce que les gens nous donnaient plutôt que sur ce que les médias ne nous donnaient pas. Cela nous a libérés complètement pour nous lâcher et faire ce dont l'on a envie. On ne pouvait pas rêver mieux comme carrière, vraiment. C'était important de dire au public merci et de faire cette chanson.

En plus, vous serez avec Danakil en "première partie" ?

Oui et pour nous c'est plus un plateau car on joue d'égal à égal. On produit la tournée, on va jouer après eux mais il n'y a aucune idée de supériorité. Cela fait 30 ans que l'on tourne avec Danakil, c'est la famille. Il y a quelque chose assez sain dans le milieu du reggae, il n'y a pas de concours de "zizi". Sur cette tournée c'est vraiment l'esprit colonie de vacances avec 2 ou 3 tour-bus à faire la fête tous les soirs. C'est normal de dire merci au public d'ailleurs car l'époque est anxiogène mais nous sommes témoin d'un truc tous les soirs : nous avons 6 000 ou 7 000 personnes qui sourient devant nous, qui font la fête ensemble et s'amusent. Cela veut dire qu'il y a de l'espoir et cela nous donne envie de continuer à dire qu'un monde meilleur est possible car nous en sommes témoins. Chez-nous il n'y a pas de prise de tête, seulement des gens qui kiffent ensemble pendant 3 ou 4 heures. On est aussi témoin d'un monde très positif.

Places à tarif unique, 40 euros, sur www.arachnee-concerts.com

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