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Hervé Prononce : « le mandat de la proximité »

06h32 - 07 juillet 2026 - par Info Clermont Métropole
Hervé Prononce : « le mandat de la proximité »
Hervé Prononce, le nouveau président de Clermont Auvergne Métropole. 

Le nouveau président de Clermont Auvergne Métropole a été élu le 24 avril. Originaire d'une famille d'agriculteurs, paysan lui-même, l'élu de 59 ans, maire du Cendre, veut mener un mandat basé sur le pragmatisme. Sa fonction, son fil rouge, l'économie, les transports, l'environnement, ses modèles... Hervé Prononce nous a accordé un long entretien.

Pour nos lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore, pouvez-vous nous rappeler votre parcours dans la vie civile et politique ?

Je suis né au Cendre, je suis agriculteur de métier, issu d'une famille d'agriculteurs du Cendre et de Cournon. J'ai fait mes études d'abord au Cendre et au collège de Cournon puis à Blaise Pascal au lycée. J'ai fait des classes préparatoires en école de commerce à Clermont puis une école de commerce à Paris. Et mon 3e cycle à l'ESSEC à Cergy-Pontoise. Après je suis revenu en Auvergne, j'ai travaillé en tant que commercial et en 1995, j'ai été élu maire de la commune du Cendre et je me suis installé comme agriculteur dans la foulée car mon père avait pris sa retraite. Dans les céréales. Après, j'ai assumé plusieurs fonctions au sein du SMTC par exemple et je suis aussi conseiller départemental du canton de Cournon.

Devenir président de la Métropole, c'était un cheminement normal pour vous après 31 ans en tant que maire du Cendre ?

C'est à la fois un cheminement, un étonnement et une confirmation. Un cheminement car je suis à la Métropole élu depuis longtemps, j'ai été vice-président. Un étonnement car à cause ou grâce à l'alternance à Clermont-Ferrand la porte a été ouverte et une reconnaissance car les élus ont souhaité que cela soit moi le candidat pour pouvoir rassembler. C'est l'alliance de ces trois choses.

Vous étiez un peu l'outsider ?

Je ne sais pas, cela s'est fait naturellement. J'ai toujours su que cela arriverait sans vraiment savoir comment. Mais ce mandat-là, je l'ai toujours trouvé intéressant. Le fait d'être parlementaire m'a attiré aussi mais plus j'avance dans le temps, moins je prends de plaisir à aller à Paris toutes les semaines avec ce cinéma à l'Assemblée entre le RN et LFI. Où vous vous rendez compte que vous n'êtes pas grand-chose. Ici à la Métropole, je me sens beaucoup plus utile, je suis sur le territoire, en contact avec des maires que je connais et des maires nouveaux. En contact avec la réalité.

Le maire du Cendre devient président de la Métropole… C'est une sorte de « décentralisation » par rapport aux dernières années ?

C'est une commune de 5 500 habitants. C'est inédit. Depuis la création des syndicats intercommunaux, en 1967, date de ma naissance, cela a toujours été le maire de Clermont le président, automatiquement. C'est une ouverture mais en France, la moitié des Métropoles sont dirigées par des présidents qui ne sont pas des maires de la ville centre. Comme à Lyon, Lille ou Marseille. Ce n'est plus original. Et cela fonctionne, alors pourquoi cela ne fonctionnerait pas ici.

Cela permet plus d'échanges qu'avant ?

Oui car le bureau avec les vice-présidents, ce sont les maires, cela veut dire que je ressemble beaucoup plus au profil des maires de la « métro ». Je m'inscris dans un mandant de proximité, je ressemble aux maires de la Métropole. La proximité comme boussole, ce sera mon leitmotiv, mon fil rouge. J'aime être au contact des gens. Souvent nous avons des attitudes un peu « technocratiques » alors que quand on est au contact des gens on est obligés de se mettre à leur niveau et au niveau de leurs problématiques.

Le fait d'être issu du monde agricole, dans un département où c'est important, qu'est-ce que cela vous a apporté ?

Le bon sens paysan ! Dans les décisions. Parfois on m'explique des choses, je ne comprends pas alors il faut essayer d'avoir du bon sens plutôt que d'intellectualiser les choses. Qui paye commande, qui commande paye. C'est nous qui payons, c'est nous qui commandons, point.

Quel regard vous portez justement sur l'économie locale ou l'agriculture avec ses besoins en eau ?

Nous avons une économie très dynamique sur l'agglomération clermontoise. Nous représentons 75 % de l'activité économique du département, sur 5 % du territoire, et nous sommes la moitié de tous les habitants. Quand je me déplace je me rends compte que les entreprises sont très dynamiques, avec une véritable qualité des gens au travail, qualifiés et sérieux, souvent d'origine paysanne, des Combrailles, de la montagne, du Val d'Allier ou de la Limagne. Dans tous les domaines. Il y a beaucoup de « pendulaires » et ce sont des bosseurs. Sur l'agriculture, nous avons la chance d'avoir une société comme Limagrain pour les agriculteurs et l'emploi. Un des principaux semenciers mondiaux. L'eau va être une problématique et dans ce monde-là, il faut réfléchir absolument à un système de recyclage de l'eau pour faire que l'eau que nous rejetons, elle n'aille pas dans l'Allier ou dans les ruisseaux mais qu'elle soit recyclée pour atteindre, c'est un idéal, une certaine autonomie en eau. Si on arrive à recycler 50 ou 80 % on ne sera plus dépendant du pompage de l'Allier comme il y a quelques années.

En 2023, vous aviez abordé les tarifs de l'eau et d'assainissement à la Métropole. C'est un problème encore plus vrai aujourd'hui ?

Absolument. L'harmonisation des tarifs de l'eau et de l'assainissement comme les investissements pour que l'on ait le moins de fuites possible et nous sommes déjà à 80 % de rendement. En dernier lieu il faut travailler sur le recyclage de l'eau pour la rendre potable à nouveau. Pretoria, en Afrique du Sud a réussi à le faire, malgré des conditions plus dures. C'est un luxe pour nous et il faut s'adapter au changement climatique. 30 à 40 % de l'eau viennent des puys, c'est une richesse, 60 % de l'Allier, donc les puys peuvent compenser. Si on arrive à recycler l'eau de la chaîne des puys, on aura de l'eau sans coupure ou très peu. Les travaux de rénovation de la station d'épuration ont coûté entre 50 et 60 millions d'euros. Nous avons été très bien financés, et il faut s'occuper de l'eau qui en sort. Elle est dépolluée mais pas encore potable.

Par rapport à certains politiques, vous avez un regard assez vif sur la protection de l'environnement. Cela vous tient à cœur ?

Oui car je suis paysan. Au Cendre, nous avons fait une coulée verte le long de l'Auzon en plantant des centaines d'arbres pendant des années et aujourd'hui, les gens trouvent ça formidable, ils vont chercher leur pain avec des zones de fraîcheurs autour d'eux. J'adore planter des arbres. Dans ce mandat, on va aider à planter, 10 000, 20 000, 30 000 arbres pour faire en sorte d'avoir des lieux de fraîcheur partout. L'autre jour avec la Préfète nous étions à la Gauthière sous des tilleuls et on y était tellement bien… Alors qu'à côté de la Maison de santé il faisait 40 degrés, sous les arbres il faisait 30. Il faut des îlots de fraîcheur et accentuer le plan cyclable, désimperméabiliser les sols pour que l'eau rentre. Pour ne pas avoir les pieds dans l'eau par endroits avec les orages…

Clermont-Ferrand est en retard par rapport à certaines communes plus petites…

Oui il faut donc travailler avec tout le monde pour végétaliser et je proposerai ce « Plan Arbres ». On verra comment le financer mais c'est un mandat très important. J'avais eu cette idée en 2020. À la ferme je plante des haies depuis des années, cela amène de la fraîcheur et de la biodiversité. On a oublié cela avec le productivisme des années 50-60. Alors que l'on avait des haies partout comme sur toute la route de la zone de Cournon, avant. On va revenir à du bon sens et aussi à l'usage du vélo pour aller au travail comme avant ou avec le TER.

Vous comptez sur des aides de l'État ou de la Région pour cela ?

Il faut compter sur nous mêmes je crois… le Fonds vert était une bonne chose pour faire la transition et enlever les îlots de la chaleur et ils l'ont sucré.

Vous parliez du train. Qu'est-ce qu'il faudra faire à la fois pour le Clermont-Paris et le SERM ? Ou le tram ?

Le Service Express Régional Métropolitain, nous le soutenons dans le cadre du pôle Métropolitain Clermont Vichy Auvergne. Nous venons d'élire Véronique Pouzadoux présidente, elle est mairesse de Gannat. Nous allons travailler beaucoup avec la région et l'État dessus. Pour que de Vichy jusqu'à Brioude en passant par Clermont, Issoire et Riom on puisse avoir un cadencement plus important car c'est une demande des gens. Le prix du gasoil, la protection de l'environnement, un trajet tranquille… C'est agréable. Le tramway, c'est le vrai problème du mandat d'après, pas de celui-là. Il faut travailler pour savoir ce que l'on fait à partir de 2034-2035, pour les 30 ans du tram. Il sera en fin de vie alors est-ce que l'on change de modèle, de système ? Il faut voir ce qui se fait ailleurs. Est-ce que l'on revient à du fer ? Avec ces chaleurs ce n'est pas si génial… La technicité évolue tellement. Il est en limite de capacité, avec entre 70 000 et 80 000 utilisateurs par jour alors qu'on l'avait calibré à 45 000 par jour. Il est sous calibré. Il faudra le financer aussi. Je ne suis pas pour la gratuité totale des transports. Pour le week-end gratuit c'est 1,7 million d'euros et si c'est pour les moins de 28 ans et les plus de 60 ans cela coûte 8 millions d'euros en supplément soit 10 millions à sortir. Où on les trouve ?

Du coup la dette de la Métropole se situe à combien de millions d'euros ?

700 millions tout confondus, avec les budgets annexes. C'est une dette très importante, on a doublé dans ce mandat. On était à 300-350 millions. C'est un réel problème car nous avons peu de marge de manœuvre et pour la possibilité d'emprunt avec les taux d'intérêt qui ne sont plus les mêmes qu'au début du PPI (Plan prévisionnel d'investissement). Nous terminons les grands projets, InspiRe, la Bibliothèque, le Stade mais ce mandat sera celui de la proximité pour travailler sur la voirie et l'espace public, les espaces verts, les mobilités douces, le SERM… Tout ça coute de l'argent mais moins que ces grands projets.

Comme la sécurité ?

Sur la sécurité, c'est la compétence des maires des communes mais bien sûr que l'on travaillera en collaboration avec les différents acteurs. Mais on peut avec la Région et la Ville, travailler sur une police des transports et la mutualisation des caméras des communes qui en ont. Julien Bony est en charge de ce domaine sur la Métropole et c'est cohérent car c'est l'un des axes majeurs de sa campagne. L'année 2025 a été catastrophique à Clermont-Ferrand. C'est l'une des raisons pour laquelle il est maire. Son discours que je comprends c'est : "attention, je veux lier le fait d'être maire de Clermont pour faire en sorte que dans ma compétence je puisse insister sur la sécurité en tant que maire mais avec la métro pour faire en sorte qu'il y ait de la tranquillité publique." Que ce soit imbriquer même si chaque maire a ses compétences.

Les mesures prises après les incidents du 30 mai étaient-elles nécessaires ?

C'est une expérience, Julien Bony en a les compétences, dont acte, je n'ai pas à m'exprimer là-dessus et je me garderais bien de critiquer. Cela fonctionne apparemment et si cela peut rendre l'espace public clermontois plus accessible au plus grand nombre, surtout le soir, je suis favorable. Mais je ne donne pas d'avis, c'est le maire de Clermont qui décide. Et on verra à moyen ou long terme comment cela fonctionne.

Vous avez parlé de sobriété mais quels projets avez-vous quand même à l'esprit ?

Le premier qui arrive c'est la Cité du court métrage. Mais Canal + se désengage et j'apporte tout mon soutien au festival car c'est une image de Clermont extraordinaire avec des gens du monde entier qui viennent dans la ville. Est-ce que d'autres partenaires vont participer un peu plus ? On verra mais on sera à ses côtés. Avec la Cité du Court, le FRAC et La grande bibliothèque, cela va faire un magnifique ensemble. Surtout si on arrive à moderniser le Lecoq et Le Bargouin, à faire rayonner le MARQ, à travailler avec Michelin sur le carrefour des Pistes et avec la Ville à travailler sur le vieux Montferrand et le plateau central. On a deux pôles pour y passer deux journées extraordinaires culturellement.

Il faut éviter un décalage entre la zone du PIC et les Pistes et le reste de la ville ?

D'où la modernisation de Montferrand et son ouverture avec le MARQ et avec l'Hôtel de Région. Afin de ne pas avoir un secteur en retard par rapport à l'avancée de Michelin sur le PIC et les autres projets qui sont des chances immenses pour la Métropole.

Dans votre quotidien d'homme politique, quels sont vos soutiens, vos aides ?

J'ai la chance d'avoir une famille soudée qui me soutient beaucoup. Et aussi au Cendre car aux élections, après 30 ans, nous avons fait près de 80 % de votes. On a une grande fierté d'avoir cette équipe municipale. Une grande fierté d'être président de la Métropole. Et aussi d'être indépendant : je suis paysan, j'ai un métier et je veux le garder pour être libre.

Pour finir, quelles sont les personnalités politiques qui vous ont influencé ?

Il y en a beaucoup mais j'ai trouvé Robert Badinter très inspirant. Par sa loyauté, sa droiture, ses combats humanistes. Les Pères de l'Europe comme Robert Schuman ou Jean Monnet, pour faire en sorte qu'après la guerre, on travaille ensemble pour reconstruire l'Europe. Ces hommes sont inspirants, ils sont au-dessus de la mêlée, ils avaient une vision et ils étaient très européens. Ma fibre est européenne, c'est l'un des principaux moteurs de mon action politique. La perspective de l'Union européenne et sa construction c'est ce qui m'importe le plus. On a besoin de cette hauteur de vue. « Voir loin pour faire bien », c'est ce que dit Édouard Philippe, et j'appartiens au parti Horizons, et cela m'a séduit dans sa démarche. Pour éviter de réagir dans l'instant même si je suis obligé de le faire par moments. On est petits par rapport au temps long, au temps des saisons et le temps politique c'est trop souvent celui de la frénésie. Cela me gonfle parfois.

En dehors de la politique et des champs, je n'ai pas le temps pour des passions mais j'adore l'Architecture, j'aime le beau et la Méditerranée. C'est mon monde, un bonheur, je contemple cela.

Retrouvez la version longue de cet entretien sur notre site www.clermontinfos63.fr

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