Dominique Ferrandon : "il ne faut pas baisser les bras"
Le directeur des Thermes de Royat et de Royatonic fait le bilan de l'année 2025 et évoque l'après Valvital, les perspectives mais aussi les menaces économiques qui pèsent sur le monde thermal.
Quel bilan faites-vous de la saison 2025 pour les Thermes de Royat ?
C'est un bilan en demi-teinte avec 5 120 curistes contre 5 700 en 2024. Cela est dû à plusieurs phénomènes : une année préparée dans l'urgence après la rupture de contrat avec ValVital, un début de saison compliqué et un marché un peu atone qui touche toutes les stations thermales d'Auvergne. Peu ont des hausses de fréquentations significatives. Royat est un peu plus impactée que les autres. On est sur du moins 6 % au niveau national et les stations d'Auvergne sont sur du -1 ou - 2 %. Certaines retrouvent un équilibre. Pour Royat, une perte de 600 curistes sur 5 700, cela fait plus de 10 % environ et ce n'est pas très bon.
Malgré tout, la présence de Royatonic permet d'avoir une forme d'équilibre ?
Oui, le modèle économique de Royat est plutôt rassurant car nous avons 50 % de notre chiffre d'affaires qui est hors de la fréquentation purement curiste thermale de sécurité sociale. Ce qui dans le contexte actuel est peut-être l'une des seules sources de satisfaction. Cela nous rassure. Il y a une légère baisse à Royatonic avec 185 000 entrées mais cela reste équivalent aux résultats des dernières années. Nous avons de 600 à 700 clients sur une journée à Royatonic donc quand on perd 3 000 clients sur l'année ce n'est pas non-plus dramatique.
Le gouvernement pourrait baisser le remboursement des cures de 65 % actuellement à 15 % ?
Je pense que c'est une grosse erreur pour trois raisons : c'est une erreur médicale car on va mettre « à la rue » des gens qui se soignent aujourd'hui avec une médecine thermale efficace et reconnue leur permettant de diminuer leur consommation de médicaments. On va faire 200 millions d'économie sur les cures, c'est ce que vise le gouvernement, mais on ne sait pas combien demain les curistes vont dépenser en médicaments car ils ne font plus de cure. Ce n'est pas pertinent économiquement car on va mettre à mal 110 établissements en France et leurs emplois. Ici à Royatonic, j'ai une centaine d'emplois directement liés à l'activité thermale. Si demain j'ai 80 % de clients en moins, j'aurais 80 % de salariés en moins. Enfin, 80 % des stations thermales se trouvent dans des communes de moins de 5 000 habitants. Royat est à part mais le risque, c'est de retrouver des territoires thermaux qui se transforment en friche thermale comme Saint-Nectaire ou Châteauneuf-les-Bains.
Comment voyez-vous la saison 2026 qui s'ouvrira le 13 avril ?
Il y a plusieurs choses qui nous animent et il ne faut pas baisser les bras. Nous avons engagé ce projet de travaux et de réhabilitation de Royatonic et des Thermes et il ne faut pas l'arrêter. Mais il faut peut-être qu'on le redimensionne aux besoins en fonction des résultats et décisions gouvernementales. On travaille aujourd'hui sur deux options : l'une comme si rien ne changeait au niveau des remboursements et une deuxième plus stressante à laquelle je me refuse de réfléchir : les remboursements ne sont plus pris qu'à 15 %. Quelle hypothèse on prend en termes de fréquentation et quelle conséquence cela aura socialement ? Je ne veux pas y réfléchir pour le moment.
10 mois après le départ de ValVital, quel bilan faites-vous ?
Il y a une bonne décision et trois constats. La bonne décision, c'est Marcel Aledo le maire de Royat qui l'a prise en arrêtant ce contrat qui n'irait pas au bout. ValVital a exploité les Thermes, on a gagné de l'argent ici mais on n'a pas fait de travaux.
Les trois constats que l'on fait aujourd'hui, c'est que Bernard Riac et le groupe ValVital n'ont pas tenu parole. Pendant trois ans ils ont promis des travaux, ils se sont engagés sur des montants et des projets de réhabilitation des Thermes et cela ne s'est jamais fait. Deuxièmement, il ne paye pas ses dettes et il nous doit 1,7 million d'euros qu'il a perçu sur l'exploitation de Royat.
Enfin, au bout de trois ans, les Thermes n'allaient pas mieux qu'avant. L'effet du groupe ValVital n'a pas eu d'impact sur la fréquentation ni sur l'amélioration des conditions d'accueil des curistes. C'est un triple constat très négatif.



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