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Romain Colucci : "Coluche serait fier des bénévoles, ils font un boulot de dingue"

06h40 - 29 novembre 2022
Romain Colucci :
Romain Colucci, aux côtés du président des Restos 63 et des forces vives de l'association, à Cournon. - © G. Bonnaure

Fils ainé de Coluche, bénévole au service Communication de l'antenne nationale des Restos du Coeur, Romain Colucci était présent dans le Puy-de-Dôme fin novembre. Il a visité les ateliers et les chantiers d'insertion, et participé à la tournée du Bus du Coeur. 

Vous êtes venu rencontrer les bénévoles des Restos du Cœur à Clermont fin novembre. C'est essentiel pour vous ?

J'essaie de visiter 100 centres par an mais comme il y en a 2 000, j'en ai pour vingt-ans... Je ne suis pas un bon communicant, mais je transporte avec moi une charge émotionnelle particulière puisque mon papa a créé les Restos et ma mère a été la marraine pendant trente ans. J'ai baigné dedans depuis tout petit. Si ça peut aider tant mieux. Mon père serait fier du travail des bénévoles car cette petite idée qu'il a eue en 1985, je crois qu'il savait qu'elle aurait de l'« avenir » sinon il n'aurait pas demandé que l'on vote une loi qui a fait du bien à toutes les associations reconnues d'utilité publique. La loi Coluche permet depuis 1989 de défiscaliser 75 % des dons jusqu'à 1 000 euros. En 1985 on a distribué 8 millions de repas et en 2022, 150 millions. On a de la chance car les bénévoles ont toujours répondu présent et la générosité des Français a grandi avec la précarité. Pendant le Covid, aucun centre n'a fermé... Les bénévoles ont été courageux et je suis super fier. La digue n'a pas cédé grâce au courage et à la logistique des Restos.

Vous avez visité les ACI de Cournon ?

Dans les Ateliers et Chantiers d'Insertion (ACI) il y a des salariés, une trentaine de personnes en insertion sur les différents chantiers du département (Cuisine, menuiserie, et ébénisterie à Cournon, jardins potagers à Cébazat...). Le but est de réinsérer ces personnes dans le monde du travail et ça marche. Donner de la fierté et de la confiance en soi aux gens c'est aussi très important. On redonne vie à des gens qui ont des parcours très difficiles. On les aide aussi à se former à l'informatique, et avec leur travail ils peuvent obtenir un logement. Les Restos du Cœur, c'est le pays des gens formidables, c'est là où tu reprends foi en l'être humain car ils accueillent les gens sans compter leur temps avec le sourire. Leur salaire c'est la convivialité, les mots gentils, les dessins des enfants ou leur sourire.

Est-ce que le Puy-de-Dôme a une spécificité ?

Ici c'est très polyvalent, il y a de l'insertion professionnelle, de la distribution alimentaire, de l'alphabétisation, un coiffeur, de l'aide juridique, de l'aide au logement... Il y a encore besoin de bénévoles sur Clermont et dans tout le département. Si vous avez du temps, venez ! Un centre sera heureux de vous accueillir (Il y a 700 bénévoles dans les 20 centres du Puy-de-Dôme, 820 avant le Covid N.D.L.R.). Il ne faut pas hésiter à demander de l'aide au Restos, vous serez toujours bien accueilli, on accueille tout le monde... ceux qui ont besoin d'aide ne doivent pas attendre d'être pris à la gorge. Les gens font des sacrifices avant d'aller aux Restos, ils n'osent pas... mais on est là pour ça !

Le public qui vient aux Restos a changé ?

Le principe de la crise c'est qu'elle surprend toujours des gens qui pensaient qu'ils n'avaient qu'à traverser la rue pour trouver du boulot. En réalité c'est l'inverse... Pendant le Covid, nous avons vu beaucoup de gens venir aider aux Restos et repartir avec un colis de dépannage... On a compris qu'ils n'osaient pas rentrer aux Restos comme bénéficiaires car ils avaient honte. Mais on le voit avec les étudiants ou les bébés, en forte augmentation. Il y a 400 Restos bébé sur les 2 000 centres des Restos. On accueille 110 000 bébés de moins de 3 ans. Le but c'est de venir en aide à 100 % de l'aide alimentaire des bébés pour que les mamans, souvent seules, puissent consacrer un peu d'argent à autre chose car elles font des sacrifices énormes.

Coluche penserait quoi des Restos aujourd'hui ?

Je pense qu'il serait fier des bénévoles, ils font un boulot de dingue. Ils ont un seul défaut c'est qu'ils sont modestes. La générosité n'est pas émettrice de publicité. C'est pour cela que nous sommes fiers du travail de tous les artistes comme les Enfoirés, car ils nous apportent un peu de leur lumière et nous permettent de ne pas vivre dans l'ombre. Cette ombre-là, elle ne doit pas se répandre. Il faut continuer de donner car les plus généreux, ce ne sont pas les plus riches ce sont ceux qui donnent. On espère que la crise sera passagère et que la générosité sera permanente. Il ne faut pas se laisser bouffer par la crise.

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