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Jean-Michel Guillon : « Créer des synergies avec le Clermont Foot »

09h27 - 29 juin 2021
Jean-Michel Guillon : « Créer des synergies avec le Clermont Foot »
Jean-Michel Guillon, président de l'ASM Clermont Auvergne. (Photo G.B.) - © G.B.

Avec la crise du Covid et le départ de Franck Azéma pour sa première saison à la tête de l'ASM CA, Jean-Michel Guillon a connu une année « riche » et se projette déjà sur la rentrée prochaine, avec des ambitions.

Comment allez-vous après cette longue saison ?

Tout le monde me parle avec beaucoup de compassion. Je n'ai pas le sentiment d'aller mal et la saison que nous avons vécue est une saison « extraordinaire » mais c'est une saison pendant laquelle j'ai été plongé dans ce monde du rugby et c'est toujours dans ces situations extraordinaires que l'on apprend le plus. C'est une année riche. J'ai vu les joueurs le 19 juin, on a eu l'occasion de se retrouver tous ensemble avec le staff et les familles pour notre dernier barbecue et je pense qu'ils étaient contents de terminer cette longue saison. Quand on s'appelle l'ASM, et que l'on termine en quart de finale, on ne va pas dire que cette saison est à marquer d'une pierre blanche. Mais quand on regarde ce par quoi nous sommes passés, on part du principe que l'on termine bien la saison tout en préparant la prochaine avec beaucoup d'espoirs.

On a souvent parlé de saison de transition à l'ASM. C'est le cas cette fois ?

L'équipe a été de plus en plus solidaire, on ne peut pas dire qu'elle ne se soit pas envoyée au cours des derniers matches. C'est un élément sur lequel capitaliser pour la prochaine saison. Les nouvelles recrues ont répondu présent, il y a aussi ces jeunes que l'on a mis plus tôt que prévu dans le bain. Quand on voit notre première ligne, avec Daniel Bibi Biziwu et Sipili Falatea, sélectionnés en équipe de France, comme Etienne Fourcade, on a des raisons d'espérer pour la suite. Nous sommes en reconstruction d'un pack intéressant. Si on arrive à utiliser ces nouveaux talents avec l'expérience et le talent de ces nouveaux entraîneurs, on a peut-être une nouvelle page de l'histoire de l'ASM intéressante à écrire.

« Le départ de Franck Azéma
a perturbé la saison »

Le départ de Franck Azéma a-t-il pollué cette fin de saison ?

Polluer ce n'est pas le terme que j'emploierai. C'est vrai que cela l'a perturbée. Mais d'un autre côté, sur nos derniers matches contre Toulon, Toulouse, La Rochelle ou l'UBB, sans plusieurs joueurs clés, la solidarité de l'équipe était là. C'est peut-être mon regret, il y avait peut-être quelque chose à faire et nous n'aurions pas été ridicule contre le Stade toulousain en demi-finale. Encore moins avec tous nos éléments...

Comment s'est passée la séparation avec lui ?

Nous sommes toujours en relation mais elle n'est plus la même que celle qui existait avant toutes les annonces qui ont eu lieu. Il y a des choix qui sont faits par les hommes et des choix faits par les organisations qui nous amènent à suivre des chemins différents à un moment ou à un autre. J'ai eu l'occasion de dire que je le regrettais mais à un moment donné il faut tourner la page.

Le point noir de la saison, c'est l'absence d'Alexandre Lapandry, touché par plusieurs commotions. Comment va-t-il ?

La décision n'est pas prise définitivement et c'est pour cela que nous sommes avec lui. Quand on voit la carrière d'Alexandre et le fait qu'il n'a plus joué depuis le match contre le Stade français en octobre on se dit que cela doit être difficile pour lui. Alexandre appartient pour moi à l'ASM de la même façon que l'ASM s'identifie à Alexandre. Quelle que soit l'issue, qu'il rejoue ou pas, je n'imagine pas que le nom d'Alexandre ne soit pas lié pour un certain nombre d'années à ce club. On ne prendra pas de risque. Les choses seront tranchées. Le développement des joueurs et leur santé, c'est fondamental.

Le recrutement est-il bouclé ?

On ne va pas se cacher les choses. On a recruté un deuxième-ligne car il en fallait un après le départ de Sitaleki Timani. JJ Hanrahan c'est la même chose car nous avons vécu une saison difficile au poste d'ouvreur. Tout le monde me demande si le recrutement est à la mesure de votre ambition président ? Aujourd'hui c'est lié au Salary Cap. Il y a trois ans, nous avions dix joueurs en équipe de France, cela vous donne la possibilité de dépasser de 2 millions le Salary Cap. Quand vous n'avez que deux joueurs sur la liste, vous avez une différence d'1,6 million. Aujourd'hui en termes de recrutement et d'ambition, c'est ce qui fait la différence entre Toulouse, le Racing et Clermont. Dans cette situation, vous avez deux possibilités : faire revenir des joueurs en Bleu comme c'est le cas avec la Tournée en Australie ou faire en sorte que ces jeunes pousses puissent progresser encore pour nous donner de l'air à ce niveau-là. La fin des anciens contrats de joueurs, parfois assez élevés, nous redonnent aussi une marge de manœuvre. Les jeunes c'est l'ADN de notre club et on doit renforcer la collaboration avec l'Académie et l'ASM Omnisports. Avec Jono Gibbes on partage là-dessus les mêmes objectifs. C'est aussi l'une des voies qui peut nous dégager une possibilité pour recruter.

« Peut-être une nouvelle page de l'histoire de l'ASM intéressante à écrire »

Quel est l'impact de la crise sur votre budget ?

On a perdu pratiquement la moitié de notre chiffre d'affaires l'an dernier. On s'en sort grâce au Prêt garanti par l'Etat et ces 8 millions d'euros qui nous ont permis de compenser une partie du manque à gagner sur les recettes. Le deuxième élément qui nous permet de résister ce sont les aides de l'état comme un certain nombre d'entreprises du spectacle et du sport. On bénéficie d'un fonds de garantie qui devrait s'élever entre 4 et 5 millions d'euros. Notre déficit l'an prochain serait sans les aides de l'état entre 8 et 9 millions d'euros. Vous mettez l'aide de l'état à 4 ou 5 millions et l'ASM ressortira avec un déficit d'environ 5 millions sur cette année. Qui sera compensé par le PGE dont nous avons bénéficié mais un prêt cela se rembourse. Il faudra dégager un million d'euros chaque année sur cinq ans pour rembourser notre emprunt. Le travail avec le centre de formation permet de faire baisser la masse salariale mais il y a d'autres voies sur lesquelles nous travaillons. S'il n'y a pas un nouveau variant, tout ce que l'on espère, c'est récupérer tous nos supporters dans ce stade.

Comment voyez-vous l'arrivée du Clermont Foot 63 en Ligue 1 ?

Avant que le Clermont Foot n'arrive en Ligue 1, l'objectif était déjà là : nous ne sommes pas concurrents et nous devons développer des synergies ensemble. La première, c'est le centre de formation partagé. C'est unique en France, c'est un message fort envoyé au monde sportif. Le stade Gabriel Montpied va connaître des investissements mais au stade Michelin il y a un potentiel concernant les hospitalités qui n'existe pas au Clermont Foot. Le Michelin me coûte de l'argent, 3 millions d'euros par an, car nous en sommes propriétaires. Si demain le Clermont Foot nous dit : « Je peux dégager des recettes supplémentaires, en exploitant au maximum le Michelin sur quatre ou cinq grands matches et si l'ASM peut en retirer un certain bénéfice, cela s'appelle une synergie. On a intérêt à la développer. Ces clubs sportifs professionnels ont une finalité : donner une fierté à un territoire tout en ayant une cohésion de ces territoires. Je me définis comme un club sportif, une PME mais surtout un écosystème d'entreprises qui travaillent dans le même sens avec la même passion. Si on arrive à la fois au Clermont Foot et à l'ASM à créer ces éléments-là, c'est le territoire et la région qui sont les plus forts.

Vous avez des idées ?

Cet été nous allons jouer un match à Aurillac, puis contre Lyon à Issoire. Mais il y a aussi d'autres choses en préparation. Quand on dit le territoire, c'est important, surtout après le Covid, une période où l'on a mis nos joueurs dans la bulle, de voir comment on reprend contact avec ce territoire. On réfléchit à des entraînements décentralisés pour recréer le lien entre les joueurs et le public. Vous verrez que l'on ne se contentera pas de dire : une équipe, un club, un territoire. Mais qu'on le mettra aussi en musique...

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