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Yves Guerin : « l'objectif est de mettre de la vie dans quelque chose d'inerte »

06h03 - 01 juin 2021
Yves Guerin : « l'objectif est de mettre de la vie dans quelque chose d'inerte »
« J'aime bien confronté l'oeuvre à l'environnement naturel ou urbain », affirme le sculpteur Yves Guérin.

Le sculpteur puydômois a fait du rail de chemin de fer son cheval de bataille. Un matériau formaté qu'il travaille au corps sans relâche. Son oeuvre revêt une dimension métaphysique et spirituelle, mais aussi poétique et sensuelle. Rencontre...

Sur les hauteurs de Romagnat, Yves Guérin est un peu dans son royaume. Entre verdure et géants de fer. C'est ici qu'il s'est installé au début des années 90, ici qu'il a laissé libre cours à son imagination, à la création, ici aussi qu'il a sué toute l'eau de son corps derrière une forge portée au rouge. Véritable instrument de torture qui ne laisse que peu de repos à son utilisateur. Mais l'intéressé ne regrette rien. « Le lieu est superbe. J'ai passé des années de rêve. Cela a conditionné le format et l'ampleur de mon travail », souligne aujourd'hui le sculpteur à la barbe bien fournie.

Mais ne lui demandez pas combien il a tordu de rails de chemin de fer dans sa vie pour faire naître ses sculptures, franchement, il n'en sait rien. Des milliers, assurément. Peut-être plus. C'est comme ça. Ses œuvres se retrouvent aujourd'hui sur des ronds-points, dans des sites naturels, chez des particuliers ou des entreprises, en France et à l'étranger... Chez nous, pour ne citer que les dernières réalisations d'Yves Guérin, on se souvient encore de ses installations grandioses : l'étonnante « Via ferrata » au Pôle technologique de La Pardieu, sa somptueuse « Danse macabre » sur le plateau de Gergovie en 2011, « De fer et Dore » dans le Livradois en 2014 ou encore « La divine comédie », dans la carrière du joli village de Montpeyroux en 2016.

L'ancien étudiant en archéologie préhistorique, Corrézien de naissance, a toujours navigué entre l'art et l'archéologie.

« Mes questionnements sont venus de là, l'interrogation sur le temps, l'espace et la matière. »

Après avoir tâté de la pierre au début de sa carrière, Yves Guérin se consacre très vite au travail du rail de chemin de fer.

« Je pars d'un matériau qui est très formaté au départ. Il faut lui rendre la vie par le biais du feu. Il va passer du stade inerte au stade dynamique. »

Et cela commence par la forge. Le sculpteur met au feu, laisse chauffer avant de cabosser le métal par portion de 20 centimètres. « J'écrase au marteau-pilon et puis je peux soit étaler, soit découper, soit faire des appointées. »

Ensuite, l'artiste réalise le travail de mise en espace. Yves Guérin l'avoue : le processus de création n'est pas forcément écrit à l'avance chez lui. L'improvisation occupe une place importante. « Je me laisse porter. c'est la recherche des possibles de l'assemblage qui me plaît. »

Sous la force de ses bras et de ses doigts naissent des œuvres de toutes tailles, des petites, ses « virgules » comme il les appelle, mais surtout des grandes. Les plus monumentales peuvent atteindre 11 ou 12 mètres de hauteur ! Lumineux héraut de l'obscure condition humaine, il y a incontestablement une dimension métaphysique et spirituelle dans le travail d'Yves Guérin, une dimension poétique et sensuelle aussi. Ses œuvres à la force quasi mystique sont de celles qui volent au secours de l'âme...

« Mes sculptures se détachent et se lisent dans l'espace comme des calligraphies. Je crois que le spectateur perçoit la puissance du travail, l'énergie et la légèreté », estime l'artiste.

Forgeron de la matière, dont la couleur bleue et grise rappelle les puissants orages de montagne, Guérin est l'unique artisan de cet éloge du combat du feu et du fer. S'il s'astreignait il y a quelques années à venir dans son atelier chaque jour que dieu faisait, aujourd'hui, Yves Guérin reconnaît avoir un peu levé le pied (et la main).

À 68 ans, l'artiste sait que la plus grande partie de sa carrière est derrière lui et puis le travail de la forge est exigeant, très dur physiquement, « une vraie bagarre » comme il aime à le décrire.

Son temps, il le partage entre l'atelier, l'archéologie et la montagne, ses autres passions. Quant à l'avenir et à la trace artistique qu'il laissera dans ce bas monde,

Yves Guérin reconnaît ne pas trop l'envisager pour l'instant. Il ne sait pas vraiment ce que deviendront ses œuvres. « Je me suis toujours plus intéressé au passé qu'à l'avenir », conclut l'infatigable chercheur.

Contact artiste : 06 10 96 36 47 / e-mail : yves.guerin.1@cegetel.net / Plus d'infos sur le site : guerinyves.com

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