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Mathias Bernard : « On est sur une élection plus incertaine »

09h40 - 08 juin 2020
Mathias Bernard : « On est sur une élection plus incertaine »
« Ce qui entraîne de l'incertitude, c'est que les résultats du 1er tour doivent être pris avec des pincettes, en raison d'une abstention forte », estime Mathias Bernard.

Professeur des universités, spécialisé en histoire politique contemporaine, Mathias Bernard, par ailleurs Président de l'Université Clermont Auvergne, apporte son analyse sur les forces en présence pour le second tour des élections municipales à Clermont. Il évoque aussi la situation dans d'autres villes de la Métropole.

À Clermont, la surprise vient de la fusion des listes de Jean-Pierre Brenas et Eric Faidy. Cette situation est-elle inédite à droite et au centre ?

M. B. - La division de la sensibilité de droite et du centre à Clermont n'est en effet pas quelque chose de nouveau. C'est quasiment le lot commun depuis les municipales de 2001. Ce qui est original, c'est le positionnement de LREM avec une évolution assez nette pendant la campagne et même depuis trois ans. Le mouvement devait être en dehors des partis, de droite et de gauche. En entrant dans cette logique-là, à Clermont mais aussi à Strasbourg, à Bordeaux, Lyon ou Aurillac, on peut noter une évolution de LREM vers le centre droit. Cette alliance n'est donc pas étonnante politiquement. Par contre, par rapport au positionnement d'Eric Faidy durant la campagne de premier tour, on peut noter une rupture. Il faut rappeler la fameuse maxime des élections : « au premier tour on choisit, au second tour on élimine ». On peut avoir l'impression aussi que c'est l'occasion d'effacer une étiquette ou des étiquettes qui ne seraient peut-être pas porteuses politiquement.

À gauche, la France Insoumise, hauteur d'un très bon score de 12,3 % au premier tour, maintient sa candidature. N'est-ce pas gênant pour Olivier Bianchi ?

M. B. - C'est quelque chose de nouveau. La ligne « Laffont » remonte à 1995 avec le fameux duel Quilliot-Giscard, où le premier l'avait emporté au second tour de quelques centaines de voix. Il y avait donc une alliance un peu tactique entre la gauche de gestion et la gauche radicale afin de faire barrage aux coalitions de droite. L'absence de fusion de liste repose sur deux éléments selon moi. Le premier est un élément de politique fondamentale. Il résulte du caractère de plus en plus incompatible entre une gestion de gauche modérée et le programme politique défendu par Clermont en commun. Olivier Bianchi a su également réaliser dès le début la fusion des gauches. Le second élément est conjoncturel. Contrairement à 2014 ou 1995, l'élection 2020 apparaissait plus confortable pour la majorité sortante. 18 points d'avance au premier tour, c'est quand même un écart important et une situation très favorable.

Est-ce que ce scénario amène un peu d'incertitude dans une élection qui paraissait jouée d'avance ?

M. B. - Avec cette triangulaire, on est en effet sur une élection plus incertaine. Le maire sortant reste dans une situation favorable si l'on regarde l'arithmétique. 38 % au premier tour. L'addition des voix de Jean-Pierre Brenas et Eric Faidy atteint 35 %, encore faut-il que 100 % des voix du second se reportent sur le premier. L'incertitude vient surtout du fait que les résultats du premier tour doivent être pris avec des pincettes, en raison d'une abstention forte (près de 68 % N.D.L.R.). Il faut donc rester très prudent sur les projections. On évalue à 20 % environ le nombre d'électeurs qui se sont abstenus lors du 1er tour en raison du contexte sanitaire. Je pense que le score de Jean-Pierre Brenas a sans doute été inférieur, peut-être de 4 ou 5 points, à ce qu'il aurait été dans des circonstances normales. L'électorat plus âgé s'est certainement abstenu pour des raisons sanitaires. Ce n'est pas sûr qu'il revienne complètement le 28 juin. Nous avons constaté également que l'électorat jeune s'est aussi plus abstenu que d'habitude. Difficile de dire à qui va profiter le regain de participation que l'on attend quand même le 28 juin. Jean-Pierre Brenas mise sur la notion de dynamique de second tour, de logique de rassemblement, malgré une marche qui sera haute à franchir. Olivier Bianchi va certainement vouloir remobiliser l'électorat de gauche qui pouvait estimer que l'élection était acquise. Je pense que les électeurs de Marianne Maximi maintiendront en grande partie leur vote. Mais il y a quand même l'autre liste de Philippe Fasquel, qui a fait 6 % et qui peut constituer une réserve intéressante pour le maire sortant. En plus, ce dernier doit avoir la volonté de faire revenir des électeurs de gauche modérée qui auraient voté Faidy au premier tour en mettant en avant l'évolution droitière de la liste Faidy.

Dans d'autres villes de la Métropole, le scrutin s'annonce indécis, qu'en pensez-vous ?

M. B. - A Chamalières, on a relevé la dynamique enclenchée par Julie Duvert au premier tour. Des interrogations se posent : la crise sanitaire a-t-elle arrêté cette dynamique ? Est-ce que ces trois mois vont favoriser un réflexe légitimiste et consolider le vote Louis Giscard d'Estaing ? Je pense plutôt que la conjoncture a favorisé ce dernier. Enfin, quelle va être l'attitude des électeurs de la liste de gauche qui n'a aucune chance au second tour ? Une partie d'entre eux ne va-t'elle pas céder au « vote utile » par anti-giscardisme ? Au final, le maire sortant garde un avantage mais l'incertitude demeure.

À Beaumont, le jeu est complètement ouvert. Traditionnellement, la ville connaît un équilibre droite-gauche. Les deux listes de gauche ont fusionné, elles ont leur chance. À droite, aucune liste ne l'a emporté très nettement sur l'autre, même si c'est un échec pour le maire sortant Alain Dumeil (avec 28,4 %, il est arrivé en seconde position derrière Jean-Paul Cuzin, son ancien 1er adjoint, 34,3 %). Personne n'est en ballottage favorable ou défavorable.

À Aubière enfin, on est aussi dans une ville où le rapport droite-gauche est très équilibré. Les deux candidats principaux (Sylvain Casildas et Florent Guitton N.D.L.R.) sont arrivés au même niveau. Avec tout juste 10 %, Vincent Salesse s'est maintenu. Je pense qu'une partie de ses électeurs ira à droite et à gauche. Pour moi, c'est donc l'incertitude complète.

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